Le conflit armé qui a ravagé le Salvador de 1980 à 1992 a fait en tout quelque 75 000 victimes et a été marqué par de terribles violations des droits de l’homme.
Entre le 11 et le 13 décembre 1981, au moins 767 hommes, femmes et enfants ont été massacrés par les forces armées salvadoriennes à El Mozote et dans des villages voisins. Même au regard de ce qui s’est passé dans le pays à cette époque, ce massacre est l’une des pires atrocités commises pendant la guerre civile. La plus jeune victime était une fillette de trois mois ; la plus âgée, un homme de 105 ans.
Les femmes et les filles ont été soumises à des violences sexuelles avant d’être tuées. Les hommes ont été interrogés et torturés puis exécutés. Certains enfants ont été poignardés ou matraqués à mort. Les villages ont été rasés. Les survivants et les familles des victimes ignorent encore ce qui est réellement arrivé à leurs proches et où ils sont enterrés.
Le rapport de la Commission de la vérité des Nations unies pour le Salvador, publié en 1993, citait le nom de nombreux responsables présumés du massacre. Cependant, ces crimes contre l’humanité demeurent impunis en grande partie à cause de la loi d’amnistie générale du Salvador. Cette loi a été promulguée une semaine seulement après la publication du rapport des Nations unies et elle est encore actuellement en vigueur bien que le gouvernement se soit engagé publiquement à prendre des mesures pour l’abroger.
Début décembre 2011, pour la première fois, le gouvernement salvadorien a enfin reconnu la responsabilité de l’État dans le massacre de El Mozote et a présenté des excuses pour ce qu’il a qualifié d’« aveuglement de la violence étatique ».
Au vu des récents rapports du Comité des Nations unies contre la torture et de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, la pression de la communauté internationale sur le Salvador au moment du trentième anniversaire du massacre d’El Mozote pourrait contribuer à faire avancer enfin la justice dans cette affaire.
Traduction de la lettre
Monsieur le Président
L’organisation de défense des droits de l’homme ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) au Luxembourg m’informe du trentième anniversaire, en décembre dernier, du massacre d’EL MOZOTE, où furent exécutés sommairement au moins 767 hommes, femmes et enfants, en décembre 1981.
De nombreuses victimes ont été torturées, et ont notamment subi des violences sexuelles, avant de mourir. Parmi elles, un nombre impressionnant d’enfants, qui fait du massacre d’El Mozote l’un des crimes les plus atroces perpétrés par l’armée salvadorienne lors du conflit armé qui a ensanglanté votre pays de 1980 à 1992.
La souffrance endurée par les survivants et les familles des personnes tuées a été qualifiée de torture par la Commission interaméricaine des droits de l’homme et le Comité des Nations unies contre la torture. Bien qu’un rapport de l’ONU publié en 1993 ait identifié beaucoup des auteurs du massacre, ces crimes demeurent impunis, en partie à cause de la loi d’amnistie générale qui prive de justice les survivants et les familles et protège les coupables de toute sanction. Cette loi est entrée en vigueur une semaine seulement après la publication du rapport des Nations unies.
Par conséquent, j’appelle les autorités de votre pays à garantir enfin des réparations, la vérité et la justice pour les familles des victimes des massacres commis à El Mozote et dans les villages environnants. A cet effet, l’État du Salvador doit prendre toutes les mesures nécessaires et suivre l’exemple des autres pays d’Amérique latine, tels que l’Argentine et l’Uruguay, qui ont abrogé leurs lois d’amnistie, afin de faire rendre des comptes devant les tribunaux aux responsables de ces crimes horribles.
Je demande également à votre gouvernement de mettre en œuvre toutes les recommandations formulées par la Commission interaméricaine des droits de l’homme en décembre 2010 et par les Nations unies dans le cadre de l’Examen périodique universel du Salvador en février 2010.
En vous remerciant d’avance de l’attention que vous voudrez bien accorder à mon appel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.