« Je veux être puni si une enquête me trouve coupable. Sinon, je veux que soient punis ceux qui m’ont tenu par le col de ma chemise avant de tirer à bout portant dans ma jambe. »
Le 23 mars 2011, à Jhalakathi, Limon Hossain, un étudiant de 16 ans, ramenait des champs le troupeau familial lorsque des officiers du Bataillon d’action rapide (RAB) lui ont tiré dans la jambe. Ignorant les supplications de sa mère, les policiers refusèrent de le transporter immédiatement à l’hôpital. Quatre jours plus tard, il a dû être amputé.
Il est rare qu’une semaine passe au Bangladesh sans que le RAB, une force de police spéciale créée en 2004 pour combattre les bandes criminelles, ne tire sur quelqu’un et que les autorités n’affirment que cette personne a été abattue ou blessée lors d’« échanges de tirs » ou d’un « affrontement armé ». En réalité, de nombreuses victimes sont tuées après leur arrestation. Au moins 700 personnes ont ainsi trouvé la mort, dont plus de 200 depuis janvier 2009, date de l’arrivée au pouvoir de la Ligue Awami. Pourtant, la Première ministre de ce parti s’était engagée à mettre fin à ces exécutions extrajudiciaires et le gouvernement, notamment le ministre de l’Intérieur, a nié catégoriquement fin 2009 que ces pratiques se soient poursuivies depuis leur accession au pouvoir.
La grande majorité de ces homicides ne sont ni dénoncés ni sanctionnés. Lorsqu’une enquête est ouverte, elle est effectuée soit par le RAB soit par un organe judiciaire désigné par le gouvernement. Aucune investigation n’a jamais débouché sur des poursuites judiciaires. Dans de nombreux cas, les enquêtes ont accusé les victimes, les qualifiant de délinquants et déclarant que leur mort était justifiée même si des preuves rendues publiques infirment cette assertion.
Le RAB continue à recevoir des équipements militaires et de police en provenance de l’étranger, en particulier d’Autriche, de Belgique, d’Italie, de Pologne, et d’autres pays européens. Il est apparu en décembre 2010, d’après les révélations obtenues grâce à Wikileaks, que les membres du RAB étaient formés par des policiers britanniques.
Traduction de la lettre
Monsieur le Ministre,
L’organisation de défense des droits de l’homme ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture) au Luxembourg m’informe de l’implication présumée du Bataillon d’action rapide (RAB) dans des centaines d’homicides, depuis sa création en 2004. En dépit de l’engagement de l’actuelle Première ministre de mettre fin aux exécutions extrajudiciaires, au moins 200 de ces homicides ont eu lieu depuis janvier 2009, date de l’arrivée au pouvoir de la Ligue Awami.
Le RAB affirme que ces morts sont accidentelles ou le résultat d’actes de légitime défense de la part des policiers, bien qu’en réalité de nombreuses victimes soient tuées après leur arrestation. Les enquêtes sur ces incidents ont toutes été effectuées soit par le RAB soit par un organe judiciaire désigné par le gouvernement dont les méthodes et les conclusions restent secrètes. Elles n’ont jamais débouché sur des poursuites judiciaires.
En négligeant de prendre les mesures judiciaires qui s’imposent contre le RAB, les gouvernements bangladais successifs ont de fait accepté les déclarations de cet organe et cautionné sa conduite, et lui ont ni plus ni moins donné carte blanche pour agir en toute impunité.
J’exhorte donc les autorités de votre pays à honorer leur promesse de faire cesser les exécutions extrajudiciaires en prenant des mesures concrètes pour :
• protéger les personnes des homicides par les forces de sécurité ;
• mettre en place un organe indépendant et impartial chargé d’enquêter avec diligence, exhaustivité et efficacité sur tous les cas suspectés d’exécutions extrajudiciaires ;
• déférer à la justice dans des procès équitables tous les responsables qui auront été identifiés, quel que soit leur rang ou position ;
• faire connaître la vérité et fournir des réparations à toutes les victimes de ces graves violations des droits de l’homme.
En vous remerciant de bien vouloir tenir compte de mon appel, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
La lettre est adressée à Shahara Khatun, Ministre de l’Intérieur
N’oubliez pas :
vos nom et prénom, votre adresse, la date, votre signature.
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Ecrivez avant le 30 novembre 2011.